Comment le technofascisme transforme-t-il le pouvoir politique et social ?

Le technofascisme désigne une idéologie qui associe suprématie blanche, rejet de la démocratie et concentration du pouvoir entre les mains d’une élite entrepreneuriale s’appuyant sur la technologie.

Comment le technofascisme transforme-t-il le pouvoir politique et social ?

Le technofascisme désigne une idéologie qui associe suprématie blanche, rejet de la démocratie et concentration du pouvoir entre les mains d’une élite entrepreneuriale s’appuyant sur la technologie.

Dans Technofascisme, le nouveau rêve de la suprématie blanche, Norman Ajari analyse l’émergence d’une nouvelle forme de domination politique dans laquelle les grandes entreprises technologiques tendent à se substituer à l’État et à organiser la société selon les intérêts d’une élite économique et raciale.

Le technofascisme et la concentration du pouvoir entre les mains des entreprises

Le philosophe franco-américain Norman Ajari décrit le technofascisme comme une idéologie dont les principales caractéristiques sont la foi en la supériorité de la « race » blanche et un rejet avoué de la démocratie. Dans son ouvrage Technofascisme, le nouveau rêve de la suprématie blanche, Ajari explique que cette idéologie cherche à faire advenir au pouvoir une élite blanche et entrepreneuriale qui n’incarne plus les aspirations ni la volonté du peuple, puisque ce sont les intérêts privés des chefs d’entreprise qui domineraient.

Il concentre son analyse sur la situation aux États-Unis, où les chefs d’entreprise préparent le terrain depuis quelques années pour l’avènement de cette ère. Ce nouveau fascisme ne se manifeste plus, contrairement à ceux du XXe siècle, dans un parti unique et sur un État totalitaire, mais par quelques chefs d’entreprise concentrant tout le pouvoir économique et technologique. Selon Ajari, le PDG tend à devenir une nouvelle figure du pouvoir politique. Plus précisément, il se substituerait à l’État et le dissoudrait progressivement, à la fois dans ses institutions et dans ses forces, en poussant à la privatisation des services autrefois publics : écoles, hôpitaux, armée.

Les nouveaux dirigeants de cette ère technofasciste se localiseraient en grande majorité dans la Silicon Valley, pôle de recherche et d’innovation technologiques. C’est là-bas que les « géants de la tech » investissent entre eux et collaborent pour faire advenir un avenir dans lequel les entreprises privées détiennent le pouvoir. La technologie serait l’instrument de la mise en place de cette politique fasciste : elle servirait à contrôler les masses, à les soumettre à une norme.

Le technofascisme repose sur une concentration du pouvoir économique et politique entre les mains d’une élite entrepreneuriale qui cherche à réduire progressivement le rôle de l’État.

Dans le technofascisme, les entreprises n’auraient plus pour unique but le profit, mais voudraient être le vecteur d’un projet social et politique. Le technofascisme promeut, selon lui, une sorte d’élitisme aristocratique : ceux qui gouvernent, les chefs d’entreprise, sont naturellement plus doués, meilleurs qu’autrui, et cela justifie par là leur place de dirigeant. Contrairement aux fascismes démagogiques, certains penseurs du technofascisme expriment délibérément leur détachement et leur mépris vis-à-vis de la volonté collective et de l’individu exploité.

Le travailleur dans le système technofasciste et l’inégale répartition de l’avenir

L’analyse des propos du philosophe Georg Lukács permet à Ajari de dire que le travailleur se transforme « en un rouage de la machine », sans valeur intrinsèque, sans accès gratuit à des soins garantis par un État-providence, puisque celui-ci aurait été dissous. Le travailleur ne serait plus qu’un moment, une étape dans l’opération permettant de construire les objets techniques qui permettent aux entrepreneurs de réaliser leurs souhaits. Ajari reprend ici une analyse marxiste du travailleur comme dépossédé de ses savoir-faire et de l’objet technique créé. En extériorisant toutes les activités musculaires et intellectuelles, le travailleur n’a plus de pouvoir d’agir sur l’objet dont il a participé à la création.

Les penseurs et acteurs du technofascisme sont souvent imprégnés de rêves technologiques sortis de la science-fiction. Ce futur rêvé coïncide avec des technologies futuristes et des projets monumentaux : voiture automatique, fusée pour Mars, voire tentatives d’allongement indéfini de la vie humaine. Ajari mentionne Musk, qui fait rêver depuis quelques années les investisseurs sur de tels projets afin de financer ses propres inventions (Tesla, SpaceX…). Or, ce futur n’est pas accessible à tous, et le grand récit technofuturiste rejette dans le passé un certain nombre de populations, correspondant aux personnes exploitées et issues des minorités : c’est ce qu’Ajari appelle « l’inégale répartition des parts d’avenir ».

Ajari consacre un chapitre entier à une figure qu’il juge « le prince du technofascisme », le milliardaire et cofondateur de PayPal, Peter Thiel. Cependant, Ajari centre son analyse sur une autre création de Thiel, à savoir l’entreprise Palantir, qui fusionne et analyse des données à des fins de sécurité. Palantir est notamment utilisé par la CIA et l’ICE, la police de l’immigration américaine, et son rôle consiste à identifier les comportements suspects grâce aux données qu’elle collecte, afin de prévenir le danger en ciblant les potentielles menaces et terroristes.

Le technofuturisme réserve l’accès aux bénéfices du progrès technologique à certaines populations tout en repoussant les groupes exploités et minoritaires hors du futur promis.

Selon Ajari, les prises de position de Thiel traduisent la volonté de défendre l’Occident contre tout ce qui n’est pas lui et qui le menace : multiculturalisme, idéologie « woke ». Il y a une exception pour la culture occidentale, qui détiendrait, comme le dit Thiel dans son ouvrage Le mythe de la diversité, la « vérité transcendante ». Dans ce livre, Thiel accuse les universités états-uniennes de vouloir désigner l’Occident comme un ennemi grâce aux queer et aux black studies. De même, la promotion du multiculturalisme amènerait les États-Unis à se transformer en un « pays du tiers-monde », comme le dit Thiel lui-même dans son livre.

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